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Communiqué de presse 27 Nov, 2025

Les méthodes d’analyse d’ADN permettent d’en savoir plus sur les éléphants de forêt africains, mais l’espèce reste en danger critique d’extinction

Samarcande, Ouzbékistan, 25 novembre 2025 – Une nouvelle évaluation des éléphants de forêt africains révèle une population estimée à 135 690 individus1, avec 7728 à 10 990 éléphants supplémentaires selon des « estimations » plus provisoires. Des méthodes actualisées permettent de mieux comprendre l’état de l’espèce et d’obtenir des chiffres plus précis, avec une révision à la hausse de 16% par rapport aux chiffres publiés en 2016.

Grâce aux progrès significatifs réalisés dans les techniques d’étude basées sur l’ADN et à un suivi étendu à l’ensemble de l’aire de répartition de l’espèce, 94% de tous les éléphants de forêt africains recensés proviennent désormais d’estimations scientifiquement solides, contre seulement 53% en 2016.

Néanmoins, les éléphants de forêt africains restent classés comme « En danger critique » sur la Liste rouge de l’UICN des espèces menacées et doivent toujours faire face au braconnage et à la destruction de leur habitat.

« Ce rapport fournit l’image la plus précise à ce jour des populations insaisissables d’éléphants de forêt africains. Il nous montre que les mesures de conservation fonctionnent pour ces animaux emblématiques, ‘jardiniers’ forestiers essentiels à la dispersion des graines d’arbres. Grâce à ces nouvelles données, nous disposons d’une occasion sans précédent de concentrer les efforts de conservation là où ils sont le plus nécessaires et de donner à l’espèce une réelle chance de se rétablir », a déclaré la Dr Grethel Aguilar, Directrice générale de l’UICN.

Ces conclusions sont tirées du Rapport sur la situation des éléphants de forêt africains 2024, publié par le Groupe de spécialistes des éléphants d’Afrique (AfESG, en anglais) de la Commission pour la sauvegarde des espèces (CSE) de l’UICN et présenté lors de la 20eréunion de la Conférence des Parties à la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES COP20), à Samarcande, en Ouzbékistan.

C’est la première fois que les éléphants de forêt africains (Loxodonta cyclotis) sont évalués indépendamment des éléphants de savane africains (Loxodonta africana), après avoir été reconnus comme espèces distinctes en 2021.

« Ce rapport apporte de nouvelles précisions sur le nombre d’éléphants de forêt africains, mais les populations de cette espèce continuent de décliner dans plusieurs paysages clés. Nous avons besoin de mesures anti-braconnage renforcées, d’une meilleure planification de l’utilisation des terres pour la connectivité des habitats et d’un soutien international accru afin de traduire l’espoir prudent suscité par ce rapport en un rétablissement à long terme de l’une des espèces d’éléphants les plus menacées au monde », a déclaré le Dr Benson Okita-Ouma, Co président du Groupe de spécialistes des éléphants d’Afriquede la CSE-UICN.

« Les chiffres actualisés concernant les éléphants de forêt africains ne doivent pas être interprétés comme une croissance de la population, mais plutôt comme le résultat d’une meilleure couverture des recensements, rendue possible par les méthodes basées sur l’ADN. Ces techniques ont considérablement réduit l’incertitude dans les estimations de détection et nous ont permis d’évaluer des zones auparavant inaccessibles », a déclaré le Professeur Rob Slotow, Co président du Groupe de spécialistes des éléphants d’Afrique de la CSE-UICN.

Des méthodes de recensement améliorées révèlent une image plus précise

Les éléphants de forêt africains sont notoirement difficiles à recenser en raison de la densité de la couverture forestière. Les rapports se sont donc jusqu’à présent appuyés sur une combinaison d’estimations et de « suppositions » éclairées.

Les estimations proviennent de zones soigneusement étudiées, ce qui en fait les chiffres les plus fiables. Les « suppositions », qui s’appuient sur l’expertise locale, les signes de présence,utilisation d’une zone par les éléphants,des chiffres moins rigoureux que les estimations, etc., sont utilisées lorsque des études complètes ne sont pas possibles.

Grâce à ce rapport, 94% de la population totale d’éléphants de forêt connue provient désormais d’estimations hautement fiables, contre 53% en 2016. 

La dernière évaluation intègre la capture-recapture d’ADN, une méthode qui identifie d’abord l’« empreinte génétique » unique de chaque éléphant à partir d’échantillons d’excréments. En comparant les « captures » initiales avec les « recaptures » ultérieures, les scientifiques peuvent ensuite calculer la taille de la population avec une fiabilité bien supérieure. C’est la méthode qui a été utilisée lors du récent recensement national au Gabon. Celui-ci a été essentiel pour fournir une estimation plus précise de la population d’éléphants, révélant un nombre d’individus bien plus important qu’en 2016. Des recensements supplémentaires, notamment dans le nord de la République du Congo et à Cabinda (Angola), ont permis d’ajouter entre 600 et 700 éléphants dans la catégorie « nouvelle population ».

Où vivent les éléphants de forêt, où sont-ils en déclin et quelles sont les menaces ?

L’Afrique centrale, caractérisée par de vastes étendues de forêt tropicale intacte et une faible densité de population humaine, reste le bastion des éléphants de forêt, avec un peu moins de 95% de la population mondiale.

Le Gabon représente à lui seul 66% de la population mondiale, la République du Congo (RC) en détient 19% et les éléphants restants de cette région vivent dans quatre autres pays d’Afrique centrale. Sur les trois régions restantes, 5% se trouvent en Afrique de l’Ouest et moins de 1% en Afrique de l’Est et australe.

Malgré l’amélioration des données, le déclin se poursuit dans certaines régions. Deux sites clés, la réserve naturelle d’Okapi (RDC) et le complexe W-Arly-Pendjari (WAP) (Burkina Faso), ont perdu environ 7000 éléphants à eux deux.

Bien que les taux de braconnage aient diminué dans de nombreuses régions depuis 2018-2019, les abattages illégaux pour l’ivoire restent une menace en Afrique centrale et occidentale. L’expansion des activités minières, le développement des réseaux routiers et ferroviaires et les projets agricoles à grande échelle, notamment les cultures de palmiers à huile, fragmentent les habitats et acculent les éléphants dans des zones forestières de plus en plus réduites.

Selon la dernière évaluation de la Liste rouge de l’UICN, les éléphants de forêt africains ont connu un déclin de plus de 86% en 31 ans jusqu’en 2015, principalement en raison du braconnage et de la perte de leur habitat. Le faible taux de reproduction de l’espèce entrave plus avant son rétablissement.

Des données utiles pour des efforts de protection ciblés

Le rapport de situation 2023 a été financé principalement par Allen Family Philanthropies, avec un soutien supplémentaire de l’Union européenne par le biais du programme CITES Monitoring the Illegal Killing of Elephants (MIKE), ainsi que de Save the Elephants, Wyss Academy for Nature, International Fund for Animal Welfare, WWF-US, WWF-International et le Fonds de conservation des éléphants d’Afrique de l’US Fish and Wildlife Service.

« Des données précises et actualisées sont essentielles pour comprendre la situation des éléphants de forêt africains et renforcer leur protection. Ce rapport apporte une note d’optimisme concernant ces espèces critiques, tout en soulignant l’importance de continuer à lutter contre les menaces qui pèsent sur les populations d’éléphants de forêt africains », a déclaré Yuta Masuda, Directeur scientifique d’Allen Family Philanthropies.

ENDS

1 Le nombre estimé d’éléphants de forêt dans les zones étudiées entre 2016 et 2022 (dates de ce rapport) en Afrique est de 135 690. Il s’agit d’une moyenne, mais les intervalles de confiance à 95% se situent entre 99 343 et 172 297. Entre 7728 et 10 990 éléphants supplémentaires pourraient être présents dans les zones n’ayant pas fait l’objet d’un recensement systématique.